Spécisme et antispécisme: 2 définitions simples

Le spécisme est la considération que l’espèce à laquelle un animal appartient est un critère pour établir les droits dont il peut jouir et l’égard porté à ses intérêts.

Et quelle espèce établit et accorde des droits aux autres espèces? Certainement l’être humain:  on peut définir le spécisme comme un type de discrimination en fonction de l’appartenance d’espèce biologique.

Le spécisme dans l’antiquité

Le spécisme accorde une considération morale plus ou moins importante aux animaux en fonction de leur espèce, par exemple les animaux de compagnie verraient leurs intérêts davantage pris en compte que les animaux d’élevage, ou ceux destinés à l’expérimentation ou d’autres considérés comme nuisibles.

Les philosophes de la Grèce ancienne et ensuite les religions qui se sont développées dans les régions de la méditerranée ont toujours affirmé la prééminence de l’espèce humaine sur les animaux: pour Isocrate l’animal représente la partie négative de la dualité humaine, c’est à dire la bestialité opposée à la pensée, l’orateur romain Cicéron se sert, dans ses discours, de l’animal pour mettre en valeur l’être humain, selon les religions abrahamiques l’être humain a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, contrairement aux animaux qui ont été créés pour servir l’être humain.

De nos jours…

Cette hiérarchie incontestable commence à être mise en cause à partir de 1970, quand le psychologue Richard D. Ryder écrit un pamphlet intitulé Speciesism où il critique l’expérimentation animale. Il continuera à remettre en cause le statut et le traitement des animaux et à critiquer expérimentation animale en écrivant d’autres pamphlets avec le groupe d’Oxford, un groupe d’écrivains et intellectuels basé à Oxford.

Ryder explique dans ses pamphlets que si les expérimentations sur des êtres humains innocents sont inacceptables, il est logique que les expérimentations sur les espèces animales soient également inacceptables.

Selon les mots du philosophe utilitariste australien Peter Singer, un membre du groupe d’Oxford,

l’attitude consistant à refuser indûment le respect envers la vie, la dignité, ou les besoins d’animaux appartenant à d’autres espèces que l’espèce humaine

est en analogie avec le racisme et le sexisme.

Alors que les auteurs précités définissent le spécisme comme une discrimination, certains le définissent aussi comme une idéologie justifiant cette discrimination, et les arguments qu’ils mettent en avant se fondent principalement sur des croyances religieuses, des conceptions philosophiques anthropocentriques et le concept de préférence pour son espèce.

Selon la philosophie

Par exemple, le bouddhisme fait une discrimination entre les êtres humains et animaux dans le cycle des réincarnations: seulement les êtres humains peuvent atteindre directement l’illumination, mais les êtres humains peuvent se réincarner en animaux à cause de mauvaise conduite, et les animaux peuvent se réincarner en êtres humains et doivent se réincarner en êtres humains pour atteindre l’illumination. Cependant, le bouddhisme reconnaît aux animaux un statut moral d’êtres sensibles et prône le végétarisme.

Une des défenses philosophiques du spécisme est l’anthropocentrisme. Elle se fonde sur l’idée que seuls les humains possèdent certaines capacités mentales considérées comme supérieures telles la raison, le langage, l’autonomie, l’intelligence: l’être humain possède la conscience de soi et la capacité à agir moralement.

Le professeur Peter Staudenmaier, écologiste social et un historien, a écrit que

L’analogie avec le mouvement des droits civiques et le mouvement féministe est trivialisant et anhistorique. Ces deux mouvements sociaux furent initiés et conduits par les membres des groupes discriminés eux-mêmes, non par des hommes et des blancs bienveillants agissant au nom des discriminés. Ces deux mouvements se sont construits sur l’idée de réclamer et réaffirmer une commune humanité face à une société qui la leur avait retirée et déniée. Aucun militant pour les droits civiques ou pour les droits des femmes n’ont argué que « nous sommes aussi des êtres sentients ! ». Ils ont argué « nous sommes pleinement humains aussi !

Antispécisme, arguments contre le spécisme

Après la seconde guerre mondiale, il était nécessaire reconstruire l’économie détruite: se développe l’élevage intensif qui s’appuie sur la zootechnie, imposant la conception d’un animal-machine au service de l’être humain; l’exode rural change profondément les rapports entre humains et animaux domestiques; l’élevage traditionnel est considéré peu rentable; le productivisme est cause de déforestation, perte de la biodiversité, et dégradation des sols.

L’antispécisme s’oppose au spécisme en le considérant une idéologie condamnable, il est un mouvement de libération animale nécessaire pour mettre un terme à l‘exploitation des animaux.

Libération animale est le titre du livre du philosophe australien Peter Singer, publié en 1975 et considéré la base philosophique pour les mouvements contemporains des droits des animaux.

Les animaux souffrent-ils?

La question qui se posent les antispécistes n’est pas si les animaux peuvent raisonner, mais s’ils peuvent souffrir, estimant que les intérêts des animaux doivent être respectés comme le sont ceux des êtres humains; ils expliquent que l’exploitation et l’utilisation des animaux ne serait pas considérée comme acceptable s’il s’agissait d’êtres humains.

Les antispécistes réservent la plupart de leurs critiques à l’anthropocentrisme, inhérent au dogme selon lequel l’être humain est créé à l’image de Dieu, qui est en contradiction directe avec la notion d’égale considération des intérêts entre humains et animaux.

Un médecin antispéciste

Mais parmi les théologiens on trouve le médecin et pasteur protestant, Albert Schweitzer, connu pour être le fondateur d’un hôpital dans la forêt équatoriale au bord de l’Ogooué en 1913, qui devient le précurseur du principe de respect de la vie concernant toutes les formes vivantes, avec une sensibilité particulière pour la condition animale.

Dans son hôpital, à côté des cases destinées aux patients, il a aménagé une sorte de refuge pour les animaux. Il est contre la chasse et végétarien.

Son éthique du respect de la vie s‘étend à toute forme de vie: il préconisait un changement radical, réfléchi et déterminé du comportement humain envers les animaux.

Dans son livre Culture et éthique, Albert Schweitzer écrit en 1923

je suis une vie qui veut vivre, au milieu d’autres vies qui veulent vivre

Voici une vidéo qui résume la différence entre spécisme et antispécisme

Les animaux comme les humains vivent, souffrent, ils ont des envies, des désirs, des sentiments, de manière différente, certes, mais ils les ont et l’être humain doit apprendre à les respecter.

 

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